Heritage, Street Glide ou Road Glide : quelle Harley pour la Route 66 ?

Heritage, Street Glide ou Road Glide : quelle Harley pour la Route 66 ?

Le choix se fait presque toujours depuis chez soi, sur une photo. La Heritage Classic séduit par son allure de moto des années 1950, ses chromes et ses sacoches façon cuir, qui collent à l’imaginaire de la Route 66. Puis vient, quelque part entre Amarillo et Oklahoma City, une journée entière de vent de travers. Sur environ 3 700 kilomètres répartis en douze jours de route, la fatigue accumulée finit par peser plus lourd que l’allure.

Ce qui sépare une Softail d’une Touring

Les trois modèles partagent le gros bicylindre Milwaukee-Eight, dont la cylindrée varie selon les millésimes présents dans les flottes de location. Le reste les sépare. La Heritage Classic appartient à la famille Softail : un cadre plus compact, environ 330 kilos en ordre de marche, une selle très basse, un pare-brise amovible et des sacoches verrouillables. Street Glide et Road Glide sont des Touring, dessinées pour les longues distances, avec carénage, système audio, sacoches plus logeables et un poids qui dépasse les 360 kilos.

Le réservoir mérite qu’on s’y arrête. Celui de la Heritage contient 18,9 litres, celui des deux Touring 22,7 litres. Ces quelque quatre litres d’écart représentent plusieurs dizaines de kilomètres d’autonomie, une marge appréciable entre Barstow et Needles, sur une portion où les stations ne se suivent pas.

La Heritage convient à qui veut sentir la route

Ses qualités apparaissent à basse vitesse. Plus légère de quarante à plus de cinquante kilos selon le modèle comparé, plus basse, elle se manœuvre sans appréhension sur le gravier d’un parking de motel, à la pompe ou lors d’un demi-tour sur une portion étroite de l’ancienne route. Les pilotes de petit gabarit, et ceux qui découvrent les grosses cylindrées américaines, y trouvent vite une confiance que les Touring mettent plus longtemps à donner.

Le revers tient à la protection. Le pare-brise dévie l’air du buste, mais les jambes et les épaules restent exposées, et les rafales latérales des Grandes Plaines se ressentent davantage dans les bras. La Heritage convient surtout au pilote seul et peu chargé, prêt à finir certaines journées un peu éprouvé en échange d’un contact plus direct avec le paysage.

Entre Street Glide et Road Glide, tout se joue au carénage

Sur la fiche technique, les deux Touring se ressemblent beaucoup. Au guidon, tout les distingue, à cause de l’endroit où est fixé le carénage. Celui de la Street Glide, le célèbre batwing en aile de chauve-souris, est monté sur la fourche : il tourne avec le guidon, instruments compris. Celui de la Road Glide, au profil anguleux surnommé sharknose, est solidaire du cadre et reste immobile quand vous braquez.

Cette différence se sent dès les premiers virages. Comme la fourche de la Road Glide ne porte pas le poids du carénage, beaucoup de pilotes trouvent sa direction plus légère et la moto moins sensible au vent de côté, un atout réel au Texas et en Oklahoma. La Street Glide paraît plus familière à qui vient d’une moto classique, puisque le tableau de bord suit le guidon. Aucune des deux ne l’emporte dans l’absolu. Si le loueur le permet, essayez les deux sur son parking avant de vous décider.

Avec un passager, la question se pose autrement

À deux, les Touring reprennent l’avantage : selle arrière plus large, meilleure protection pour le passager, réservoir plus grand pour une consommation qui augmente avec la charge. Le poids devient alors le sujet. Une Street Glide avec deux adultes à bord dépasse la demi-tonne, ce qui demande de l’habitude pour reculer ou manœuvrer dans une pente.

Un détail change pourtant le calcul. Sur les voyages organisés, les bagages suivent souvent dans le véhicule d’assistance, et les sacoches ne servent plus qu’aux affaires de la journée : l’argument de la contenance perd de son poids. C’est ce que prévoit la formule de Wild Travelers conçue pour faire la Route 66 en Harley sans exploser son budget : le transport des bagages est assuré, et le choix porte sur plusieurs Harley-Davidson, dont la Heritage, la Street Glide et la Road Glide, le modèle remis sur place pouvant être équivalent. La décision se prend alors sur le confort, pas sur le volume de chargement.

Quel que soit le modèle retenu, consacrez une vingtaine de minutes, avant de quitter le parking du loueur, à quelques exercices à allure de marche : deux demi-tours complets dans chaque sens, un arrêt en léger dévers, une marche arrière poussée avec les jambes. C’est à l’arrêt et au pas, bien plus qu’en roulant, qu’une moto de ce poids prend de court un pilote qui ne la connaît pas encore.